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Après avoir écouté le très chouette podcast de Matthieu Stefani sur le parcours de Nicolas Paciello, je me suis interrogée sur les liens entre communication, digital et pâtisserie. Et qui de mieux pour répondre à mes questions que Nicolas lui-même ?

Bonjour Nicolas et merci de me recevoir dans le sublime patio du Prince de Galles ! Tu parles dans le podcast d’une prise de conscience concernant la communication. Quand as-tu réellement commencé à t’y intéresser ?

Quand je suis arrivé à la Réserve en 2015. J’ai pris conscience qu’Instagram notamment était un bon moyen de mettre en avant l’établissement et je me suis pris au jeu. En dehors du fait de seulement “promouvoir” mon travail, je me suis aussi rendu compte que c’était un moyen de créer du lien et de rencontrer les gens.

J’adore quand les personnes font mes recettes et me posent des questions. J’essaie de répondre à un maximum de messages. Il m’est même arrivé d’inviter un abonné Instagram en cuisine pour lui apprendre un geste sur lequel il galérait. Pour moi, aller au contact fait véritablement partie du job.

Selon toi maîtriser Instagram est une compétence indispensable pour un chef ?

Indispensable… non. Mais c’est indéniablement un véritable accélérateur de carrière. Instagram n’est pas évident à appréhender et qui requiert une vraie intelligence émotionnelle. Il faut réussir à incarner son compte et à transmettre sa personnalité pour fédérer une communauté.

C’est un mélange subtil car il faut se mettre en scène mais tout en gardant les pieds sur terre. Il faut éviter d’y mettre de l’ego parce que ça peut vite devenir destructeur. On sait très bien que plus l’audience augmente plus on risque le faux-pas. Si on met trop d’affect dans son image numérique, la moindre critique peut vite entraîner une montagne de remises en question.

L’essentiel à mon sens, c’est de rester fidèle à ses valeurs. Savoir qui l’on est et ce qu’on a envie de dégager. Depuis que j’ai atteint les 50 000 followers, je commence à avoir des sollicitations de collaboration avec des marques. Mon leitmotiv (tout comme dans ma vie en général) c’est de savoir si ça me correspond ou pas. Si oui je fonce, sinon je passe. Je ne fais rien que je n’assume qu’à moitié.

Est-ce que tu considères qu’Instagram a un impact sur la manière dont tu fais ton métier ?

Ah oui, énormément ! Déjà je fais tout moi-même, donc c’est hyper chronophage ! Les photos, les commentaires… c’est important pour moi de m’en occuper personnellement. Je fais une tonne de photos et beaucoup terminent à la corbeille : je suis super exigeant !

Je fais aussi super attention à la cohérence de mon feed pour que les photos s’accordent bien les unes avec les autres. Souvent même, je crée des recettes exprès avec des contraintes visuelles ! Par exemple, une dominante colorée pour s’accorder avec les autres photos et apporter du contraste.

Mais j’ai aussi conscience que même si le visuel est un outil puissant, ça ne fait pas tout. Il ne faut pas perdre de vue que le but est de donner envie aux gens de se déplacer pour manger les gâteaux.

Et en dehors de ce que tu produis pour Instagram, est-ce que tu te préoccupes du contenu généré par les clients ?

Oui absolument ! Là encore, il ne faut pas oublier que le but est de donner envie aux gens qui voient la photo de venir goûter, surtout si ce n’est pas toi qui l’as faite ! Tu as beau faire la meilleure pâtisserie du monde, qu’elle sorte nickel de ta cuisine ; si une fois sur la table du client la photo est moche pour X ou Y raison, tu as manqué la cible.

Je sensibilise beaucoup l’équipe à ces enjeux. Je voudrais revoir la vaisselle car je trouve que les créations ne ressortent pas forcément bien dessus. On est aussi en train de réfléchir à la lumière en salle car le rendu photo pourrait être bien meilleur. Ce sont plein de détails sur lesquels on interroge pour maximiser notre impact, même quand c’est le client qui fait la photo.

Justement, je trouve ça dommage aujourd’hui que des questions aussi cruciales que “s’adapter aux nouvelles habitudes clients” ne soient pas inculquées aux jeunes pâtissiers pendant leurs études. Quel est ton avis ?

La pâtisserie est une discipline ancienne et le programme du CAP est encore vieillot. J’attends avec impatience la nouvelle génération de profs qui va renouveler un peu tout ça. C’est dommage qu’on n’apprenne pas aux jeunes des techniques plus en phase avec ce qui se fait en entreprise. Par exemple, chez nous on poche des lignées de pâte à choux. On découpe à la taille des éclairs et on congèle. Ensuite on dépose du craquelin et on cuit. Le résultat est nickel et on a beaucoup moins de pertes. Pourquoi on n’apprend pas ça au CAP ?

Je trouverais ça génial que des professionnels comme Cédric [Grolet] ou moi parrainions des promotions. Mais pas simplement en étant là à la remise du diplôme ; en validant le programme en amont avec les techniques qui nous semblent cruciales — pas des choses complètement dépassées qui ne se vendent plus. Et puis en-dehors des techniques de pâtissier à proprement parler, on devrait leur apprendre à coller aux tendances avec des pâtisseries individuelles, moins sucrées, plus légères…

Malgré tout, la profession évolue un peu sur ces questions. La finale du MOF (à laquelle je participe en octobre) a pour sujet une pièce sans gluten et sans sucre. Je trouve ça vraiment super qu’une institution de référence commence à soulever des sujets qui sont le reflet de l’évolution de la société.

Et sur le côté communication / vente ?

Oui, je pense qu’on devrait aussi sensibiliser les jeunes à cet aspect. On l’a bien vu sur Taste of Paris dernièrement : les gens se souviennent de qui ils ont rencontré, mais pas forcément de ce qu’ils ont mangé. Ça fait partie du job d’aller à la rencontre des gens, de faire des photos, d’expliquer l’histoire du produit. Pour certains c’est naturel et pour d’autres moins, mais c’est important d’incarner sa cuisine.

Moi je suis du genre à adorer rencontrer les gens, mais faire de la com’, une interview, de la télé… c’est un vrai métier et c’est pas évident. Je m’y mets petit à petit et j’apprends sur le tas. J’ai parfois des ratés mais je trouve ça passionnant ! A chaque occasion j’apprends des choses et c’est top !

A ce propos, on voit de plus en plus de pâtissiers avoir une signature (fruits, renard, touche rock), ce n’est pas ton cas, c’est un choix ?

C’est vrai qu’aujourd’hui certains pâtissiers fonctionnent très bien avec une signature et d’autres sans. Par exemple Philippe Conticini que j’admire énormément (qui est “mon père de métier”), n’a pas de signature en tant que telle. On reconnaît ses créations par leur justesse et par l’émotion qu’elles procurent. C’est avant tout sa passion, sa personnalité et sa gentillesse que les gens recherchent.

C’est aussi ce que j’essaie de mettre en avant dans mon travail. Que ce soit mon compte Instagram ou le livre que je suis en train d’écrire. L’objectif est surtout de partager et d’échanger avec les gens. Mon livre, je le veux super accessible à tout point de vue (prix et niveau). Il a pour vocation de regrouper mes recettes qui sont faisables à la maison avec les ingrédients du placard.

J’ai vraiment à coeur que tout le monde puisse se l’approprier (et pas que des pâtissiers chevronnés). En parallèle, on va créer une appli pour que les gens qui font les recettes puissent poser leurs questions. Ils gagneront des rencontres avec moi autour de gâteaux à réaliser ça devrait créer un véritable échange ! Je me suis lancé à fond dans ce projet et j’ai vraiment hâte qu’il sorte ! Aujourd’hui, c’est vraiment ces valeurs d’échange et de partage qui font ma signature selon moi.

Le livre de Nicolas sera publié en octobre et personnellement j’ai hâte de l’avoir entre les mains et de tester l’interaction livre/appli !

Pour être tenu au courant de ses nouvelles créations et de son actu, suivez-le sur son insta : @NicolasPaciello

N’hésitez pas aussi à vous abonner au podcast Génération Do It Yourself, les épisodes sont tous aussi passionnants les uns que les autres.

Pour finir, je vous mets quelques photos du tea-time du Prince de Galles, tout est absolument délicieux et c’est sûrement mon tea-time préféré !

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Catégories : communication

1 commentaire

Hélène · 1 juin 2018 à 13 h 03 min

Article super intéressant, j’ai aussi beaucoup posé la question de la communication lors de mes entretiens pour mon mémoire, c’est une facette incontournable aujourd’hui… 😉
Merci !

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